C’est un esprit encyclopédique qui s’est éteint le samedi 1er juin : Michel Serres, 88 ans, laisse derrière lui un souvenir heureux.

« Philosopher, c’est passer partout », disait-il lors d’un entretien avec le journal Le Monde, le 18 avril dernier.

Navigateur, il passe sa jeunesse à sillonner la Garonne et ses affluents. Poussé par sa passion et par les vents aquitains, il entre à l’Ecole navale qui ne parvient cependant pas à affûter ses convictions de carrière. Installé dans la capitale française, le jeune étudiant entreprend une formation en classe préparatoire littéraire, avant d’intégrer l’Ecole normale supérieure, puis de réussir l’agrégation de philosophie.

Philosophe, il enseigne sa matière de prédilection ainsi que l’histoire des sciences en France et aux Etats-Unis. Doté d’un esprit profondément positiviste, il met son intérêt pour les penseurs antiques au service de l’ébauche d’une éthique universelle, dans laquelle la science – de même que la nature ! – est guidée par une déontologie. Nommé membre de l’Académie française en 1990, il voyage pour insuffler sa pensée aux débats internationaux, et devient membre de l’Académie européenne des sciences et des arts.

Artiste engagé, il invite à travers ses productions à réfléchir sur notre monde. Il évoque ainsi l’impact des inventions sur l’art, citant la tour Eiffel comme plus bel exemple. Il créé pour la ville du Mans une œuvre-spectacle dans laquelle il défend la conservation du patrimoine. Il crée également des pièces de théâtre et joue dans des films du cinéaste québécois Pierre Perrault.

Michel Serres incarne la pensée libre, poétique, critique et vive. C’est à Agen qu’il s’éveilla en 1930, c’est à Agen qu’il reposera en 2019 : un nouveau monument du patrimoine français que l’on ne manquera pas de contempler.